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la page du savant - θησαυρός le trésor Une étymologie à thésauriser
 Une étymologie pour θησαυρός ?

ghhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhgh

Version remaniée d’un article

 paru dans Connaissance Hellénique en avril 2012

 

 

 

       Le mot θησαυρός (absent chez Homère, mais usuel à partir d’Hésiode) est surtout connu au sens de trésor, mais il signifie aussi dépôt, magasin où l’on enferme provisions et objets précieux ; dans les papyrus, on le trouve au sens de magasin à grains, grenier. D’où vient ce mot ? Regardons les dic­tionnaires étymo­logiques. Pour Frisk, il est « ohne [= sans] Etymologie ». Chantraine conclut sa notice par : « Rien de satisfaisant » ; pour Beekes : « No etymology, but probably a technical loanword, without a doubt from Pre-Greek. »

Une hypothèse m’est venue à l’esprit en songeant à ce que sont les “mots-valises”. Ce sont les mots formés par agglomération de deux mots. Ainsi, en français, virevolte, tourne­bouler, bouleverser…

Remontant bien plus haut dans l’histoire, on peut noter les origines de l’anglais bring, formé du cumul de deux racines signifiant porter. br- représente la racine *bher, qui est à l’origine également de l’anglais bear, du grec φέρω, du latin fero ; et -ing représente la racine qu’on trouve dans ἤν-εγκ-ον (aoriste de φέρω).

Le verbe de la langue poétique κερτομέω, blesser par des injures, peut s’expliquer par un cumul de la racine κερ de κείρω, raser, tondre, ravager et de la racine τεμ de τέμνω, couper ; ce serait à l’origine un terme expressif signifiant ratiboiser-hacher. On peut multiplier les exemples. Cf. Jean-Louis Perpillou, Recherches lexicales en grec ancien (Peeters, Louvain-Paris, 1996), 5.8, p. 118-120.

Pour en revenir à notre θησαυρός, je propose de le mettre dans cette catégorie des “mots-valises”.

Le premier élément, θη, peut se rattacher au thème de τί-θη-μι, placer. Des mots comme ἡ θήκη, la boîte, le coffre où on dépose quelque chose ; ἡ ἀποθήκη, le lieu de dépôt ; ὁ θωμός, le tas montrent que le rapprochement est satisfaisant pour le sens.

Dans le second élément je propose de voir une variante de ὁ σωρός, le tas (de blé, de bois, de richesses, etc.). Mais voici un problème ! Comment justifier pour ce mot une variation ω/αυ ?

Une telle variation existe pour quelques mots et fait difficulté. On a τὸ θαῦμα et τὸ θῶμα, la chose étonnante ou admirable. Dans la famille de τιτρώσκω, blesser, on a τὸ τραῦμα, la blessure.

Cette alternance s’explique mal dans le cadre des alternances que le grec a héritées de l’indo-européen. Mais elle est bien attestée dans la partie préhellénique du grec, c’est-à-dire dans ce qui dans le grec est hérité de ce qui se parlait en Grèce avant l’arrivée et l’ins­tallation des envahisseurs grecs. Disons quelques mots des recherches sur ce préhellénique.

Albert J. van Windekens a mené une ample recherche sur cette langue, qu’il considé­rait comme indo-européenne, et qu’il nommait le pélasgique, du nom des Pélasges (les Πελασγοί, qui auraient été les populations primitives de la Grèce et de l’Égée). Il y a consacré deux ouvrages (1952 et 1960). Hjalmar Frisk est dubitatif, et Pierre Chantraine explique dans sa préface son rejet de l’hypothèse pélasgique.

La recherche a été reprise sur nouveaux frais par Franciscus Bernardus Iacobus Kuiper (1956) et son disciple Edzard Johan Furnée (1972). Cette fois, il ne s’agit plus d’atteindre un préhellénique indo-européen. Au contraire, le pré-grec en question (das Vor­griechische en allemand, Pre-Greek en anglais) est non indo-européen.

Robert Beekes, lui-même disciple de Furnée, a systématiquement tiré parti de ces travaux dans son Etymological Dictionary of Greek (2010). Ce dictionnaire com­porte une étude intitulée Pre-Greek loanwords in Greek (pages XIII à XLII).

Or parmi les caractéristiques de ce pré-grec figure (p. XXX) une alternance ω/αυ (qui peut être simplement phonétique) ilustrée par une série d’exemples. Ce sont pour la plupart des termes peu usuels. Parmi eux figure le couple θαῦμα/θῶμα que nous avons vu plus haut.

Naturellement il s’agit de termes qui résistent aux tentatives d’élucidation éty­mo­­logique par l’indo-européen.

Dans l’article τιτρώσκω, l’existence d’une alternance ω/αυ (cf. τραῦμα) conduit l’auteur à conclure que « the word is Pre-Greek ». Cependant, comme (à part la difficulté phonétique de τραῦμα), les mots de cette famille s’expliquent bien dans une perspective indo-euro­péenne par une racine *terh3 s’intégrant dans un ensemble plus large organisé autour d’une racine *ter, percer, nous estimerons plutôt que nous avons ici un groupe d’ori­gine indo-européenne avec une intrusion d’une alternance ω/αυ de type pré-grec.

Mais revenons à notre *σαυρός dont nous voulons faire, comme second élé­ment de θησαυρός considéré comme un “mot-valise”, une variante de σωρός.

Consultons l’article σωρός dans les dictionnaires étymologiques. Sauf à se livrer à diverses contorsions linguistiques, on ne peut le rapprocher d’aucune langue extérieure au grec. Nous pouvons donc le considérer comme entrant vraisemblable­ment dans la catégorie du pré-grec. Dès lors il est susceptible de présenter l’alter­nance ω/αυ, et notre hypothèse d’un *σαυρός variante de σωρός est plausible.

Ceci dit, même si on est sceptique sur cette explication par de pré-grec, on ne peut que constater l’existence d’une alternance marginale ω/αυ, et cela suffit à rendre plausible l’hypothèse d’un *σαυρός variante de σωρός.

Un θησαυρός serait donc un *accumoncellement ! (joli mot-valise inventé par  Christian Boudignon à partir de accumulation et amoncellement). Notons tout de même que cela ne rend pas bien compte des relations entre les deux éléments du mot : dans θη-σαυρός, le second élément ne fait pas que redoubler la notion exprimée par le premier, mais a en outre par rapport à lui a quelque chose d’un complément d’objet.

   Il m’a été objecté que l’idée de θησαυρός, évocatrice de choses de valeur, dont on prend grand soin, s’harmonise mal avec celle de σωρός, qui ferait plutôt penser à des choses mises en tas, amoncelées sans ordre et sans soin. Mais c’est là raisonner sur des conno­tations qui ne sont pas celles du mot grec. En grec ancien σωρός n’a rien de péjoratif : il s’agit souvent de tas de blé, symboles de richesse (pensez à notre expression "avoir du blé " !). Et πολύσωρος, "riche en tas (de blé)" est une épithète de Déméter (Anthologie Palatine, VI, 258), ainsi que σωρῖτις (même sens) dans un hymne orphique (39, 5).

   Cela nous suggère une origine rurale de θησαυρός, qui pourrait venir de cet univers des moissons sur lequel règne Déméter. La mise en tas était la première étape des opérations de rangement du blé. Sous cette forme apparaissait aux ruraux la récompense de leur travail et la générosité de la déesse, avec déjà une connotation de richesse. Cette origine rurale pourrait expliquer que ce mot θησαυρός est absent chez Homère : il emploie κειμήλια (Ainsi Iliade, VI, 47-48), qui devait être le mot des gens qui parlaient bien. Puis θησαυρός allait opérer une montée dans les niveaux de langue, et pouvoir finalement désigner aussi les trésors de la vie spirituelle.

Telle est la piste que nous proposons pour l’élu­ci­dation étymologique de ce mot.

 

Jean-Victor VERNHES

Université d’Aix-Marseille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Date de création : 11/01/2016 18:18
Dernière modification : 11/01/2016 18:18
Catégorie : la page du savant
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