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pédagogie - enseigner le grec en primaire

ENSEIGNER LE GREC EN PRIMAIRE
LES DÉBUTS D’UNE EXPÉRIENCE

Voici comment tout a commencé:

C'est un projet qui occupait mon esprit depuis longtemps déjà: pourquoi ne pas montrer que l'enseignement du grec est une voie royale ouverte à tous quels que soient l'âge, la condition sociale,le niveau d'études atteint Pourquoi ne pas ouvrir l'enseignement du grec également dans le primaire? Il semble logique, normal, "utile" (je hais ce mot qui est souvent fort mal compris, car il est employé dans un sens d'utilité immédiate et non constructive pour l'avenir) à beaucoup que l'on enseigne l'anglais aux enfants du primaire, et pourquoi pas du grec ancien? Est-il quelque chose de plus utile? de plus formateur? C'est un projet fou? c'est ce que je me suis dit raisonnablement pendant quelque temps, puis je me suis laissée aller à la folie et..."ça marche!"
Ce projet a réussi grâce à une rencontre, celle du chef d'établissement du collège et de l'école Pastré à Marseille, Madame Leclerc, et de son équipe d'institutrices. Elles m'ont écoutée sans sourire de convenance mais avec attention, il faut bien le dire aussi au début avec un peu d'étonnement. Je voulais que cet enseignement de grec s'inscrive dans le projet de leur école et dans le projet pédagogique de chaque classe concernée. Je refusais vigoureusement de "leur prendre les élèves" une partie du temps, je voulais que le maître reste le maître de sa classe, qu'il participe à cet enseignement, qu'il réutilise ce qui aurait été fait dans ces séances.L'enseignement du grec ne serait là que pour aider le maître à réaliser ses objectifs pédagogiques "autrement". La seule exigence incontournable que je posais était que les enfants s'initient à la langue grecque.
Ma grande surprise fut d'avoir réussi à convaincre non seulement l'institutrice du CE2 (normal) mais aussi TOUTES les institutrices de MATERNELLE... Il fallait donc me préparer à enseigner le grec à 50 enfants de 3 à 6 ans. C'était une hypothèse que je n'avais pas envisagée...mais la vie m'a appris à affronter les conséquences de mes folies ! Et c'est ainsi que tous les quinze jours, pendant 3/4 d'heure, j’ai raconté à des enfants, qui ont déjà étudié les fables de La Fontaine avec leur maîtresse, la fable d'Esope qui en est la source. J'aiextrait de mon récit des mots en langue grecque que nous répétons à l'aide de mimes et de gestes que les institutrices m’ont bien souvent soufflé.Le corbeau « korax » se prononce en ouvrant la main comme un bec qui s'ouvre. J'écrivais ensuite le mot au tableau: les institutrices m'ont expliqué qu'il était important que des enfants de cet âge "baignent" dans l'écrit. Pour qu'ils fixent leur attention sur le mot écrit, je leur faisais choisir la couleur de la craie (elle diffère pour chaque mot) et je leur demande de répéter bien fort et bien distinctement le mot pour que je puisse l'écrire: l'élément ludique est très important dans nos activités. Les maîtresses réutilisaient ces mots écrits en classe dans l'atelier de prélecture en faisant des jeux d'identification. Certains mots grecs ont été utilisés comme support verbal dans l'activité théâtre. Il y a ainsi inter--pénétration entre l'activité grec et les autres activités scolaires.
Nous avons appris 5 à 6 mots par séance, nous avons choisi d'apprendre en grec le nom de tous nos animaux. Les enfants ont pu raconter et jouer l'histoire de « korax » et de « alôpêx, de « téttix » et des « murmêkes »... .Le choix des mots peut se faire aussi en fonction de leur sonorité (arpazein - dendron - dia ti?), de notions étudiées en classe (par exemple lent / rapide: lagôos esti tachus - kelônê esti bradéia,) de rapprochements possibles avec le français: mikros / micro- (n'oublions pas la marque de jouets "micromachines") phônê / téléphone, ou à la demande des institutrices introduction du verbe être pour se lancer dans des phrases simples.
. J'ai vite compris qu'il fallait faire bouger des enfants de cet âge. Il y a donc eu un temps de motricité toujours lié à l'apprentissage du vocabulaire: les enfants ont donc pu montrer la farandole des fourmis qui se danse en répétant en rythme "mur/mê/kès, mur/mê/kès... ". Autre exemple: les enfants sont répartis en deux groupes, les lièvres et les tortues. Chaque enfant montre qu'il a bien compris l'appartenance à son groupe en se nommant: "lagôos" ou "chélônê". Ensuite pendant que les lièvres dorment, les tortues font leur parcours sur une musique grecque appropriée et nous réglons leur marche en répétant "chelônê esti bradeia", puis les tortues se reposent et c'est au tour des lièvres de montrer que lagwôos esti tachus. Une activité semblable peut se réaliser sur d'autres thèmes par exemple celui du boeuf, « bous », et de la grenouille, « batrachos » le « bous » montrant dans sa marche tantôt qu'il est « mégas » tantôt qu'il est pachus », la grenouille montrant dans ses sauts qu'elle est « mikros » tout en criant "brékékékèx koax koax".
Dans la mesure du possible j'aiutilisé de la musique folklorique grecque pour rythmer les activités motrices. J'ai d'introduit parfois le chant pour retenir le vocabulaire: la cigale, » téttix », s'adresse aux fourmis, « murmêkès », en chantant « êdon » (je chantais) sur l'air des nains de Blanche Neige.
A la fin de la séance, ou parfois en cours de séance, nous reprenions l'histoire de la fable d'Ésope en insistant sur les différences entre Ésope et La Fontaine (belle initiation à la littérature comparée!).Cette reprise se faisait accompagnée de mimes exécutés par les enfants et nous utilisions là encore le vocabulaire appris:le korax perché sur son dendron (une table) ayant à ses pieds un alôpêx qui le supplie de montrer sa phônê va finir par lâcher son morceau de viande en criant lui aussi " phônê ".
Je peux vous assurer qu'il se passe encore bien d'autres activités étonnantes dans des séances en maternelle!
En CE2 l' objectif premier de la maîtresse était de renforcer le travail de l'atelier lire/écrire et faire comprendre l'histoire des mots. Je suis toujours partie du vécu de la classe ou de notions travaillées par l'institutrice. Au centre de la séance, nous apprenions un mot-clef qui devenait une expression-clef au cours de l'année, par exemple à la notion de temps était lié le mot « chronos » ou dans une séance ultérieure l'expression "ôra estïn". Massalia, ville grecque, était reliée au thème de la mer; le mot-clef était : thalassa. Autour du mot-clef,nous avons regroupé un certain nombre de mots ou d'expressions. Ils étaient choisis parfois en fonction d'une étude orthographique, par exemple explication du ph), du th de certains ch, ceux qui se prononcent comme "c", parfois en fonction de la sémantique. Très souvent je demandais aux enfants de faire cette recherche en français, la maîtresse appellait cela la cueillette des mots. Ils cherchaient par exemple des mots qui s'écrivent avec un ph et citent: pharmacie, Philippe...ce qui à côté du mot-clef « phainein » nous permettait d'étudier: pharmakon, philein et hippos. La structure des séances etait assez souple pour nous permettre des détours suggèrés par l'étymologie. Après avoir appris hippos les enfants voyaient le rapport avec hippopotame et hippodrome . Il devenait indispensable de découvrir que "ce joli signe qui porte le nom merveilleux d'esprit rude" donne un "h" en français. Après avoir appris le mot « thalassa » et remarqué que le têtha donne "th", nous découvrions les mots « théatron » et « orthos », ce dernier nous permetait de parler d'orthographe, d'orthophoniste... Le jour où la maîtresse désirait aborder l'étude des antonymes, nous apprenions à dire: « êméra estin / nux estin ». Je me servais beaucoup de l'étymologie pour rendre cette étude attrayante. Nous écrivions les mots en grec. Ce moment était chargé de fascination pour les enfants: ils découvraient une écriture nouvelle et avaient ainsi la sensation d'entrer dans un monde où la réalité quotidienne n'a plus cours, un monde qui n'est plus marqué par les contraintes journalières. Ils s'appliquaient à reproduire le tracé d'un gamma, d'un alpha: ou d'un chi: , et pénètraient ainsi dans un univers magique où tous ont l'impression d'être à égalité, où il n'y a plus de passif scolaire à surmonter. Certains enfants en difficulté pour le graphisme ont pris ainsi un nouveau départ et pnt écrit très correctement les mots grecs!! Nous avons mis en valeur leur réussite et nous avons pu remarquer que leur application était constante. D'autant plus qu'elle ne donnait lieu à aucune évaluation-sanction…
Nous enrichissions notre vocabulaire: à chaque séance nous apprenions le mot difficile du jour (thalassocratie <= thalassa diaphane <= dia-phainein, anthropophage <= anthrôpos-phagein...) ce qui permetait aussi de valoriser les enfants par le savoir:ils comprennent des mots qui sont parfois mal connus chez eux et sont ainsi les possesseurs d'un merveilleux savoir.
Nous étudiions la signification des prénoms des enfants de la classe, quand ils sont d'origine grecqueAlexandre fut très fier d'apprendre qu'il était celui qui protège les). Christine fut contente de savoir que son nom vient de christos "celui qui est béni du Seigneur".
Ils ont été capables de faire des phrases très simples en grec.
Chaque séance se terminait par une histoire tirée de la mythologie que les enfants attendaient toujours avec impatience.J'ai entrepris de raconter les aventures de Zeus!
Ces séances nous ont permis de remarquer que même des enfants en difficulté scolaire arrivent à réussir dans cet enseignement. Nous espérons pouvoir ensuite transférer cette réussite à d'autres matières.
Conséquence inattendue de tout cela : les institutrices se sontinitié aussi au grec ,elles ont écrit grec, ellesont parlé grec, elles ont chanté en grec. J'ai même surpris la directrice en train de tracer des lettres grecques: le grec c'est vraiment magique!


Ce n’était qu’un début, les années ont passé. J’ai trouvé très curieux d’écrire ce récit au passé: l’espérience continue, les enfants ont toujours le même entousiasme, le grec c’est toujours magique!
Brigitte Franceschettiwink


Date de création : 26/10/2005 01:30
Dernière modification : 26/10/2005 01:34
Catégorie : pédagogie
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Spécial info !

Un grand bonheur  et  un acte militant :
lire  les deux dernières œuvres de Cécile Guignard-Vanuxem.

Professeur de philosophie et ardente militante pour la survie des langues anciennes, Cécile Guignard-Vanuxem a publié deux e-books sur Amazon : HECATOMBAION et SEMPER RENATA
Allez les feuilleter, achetez les, vous ne le regretterez pas.

HECATOMBAION (Les Anges du Calvaire t. 1)
Priscille Loosvelt, étudiante en Lettres classiques, trouve un emploi de serveuse à l’auberge du Calvaire, village perdu dans la campagne française, où il n’y a ni réseau téléphonique, ni internet. L’accès aux grottes est interdit par arrêté municipal. Or, les cavités sombres recèlent des mystères et une violence qui va se déchaîner peu après son arrivée. Quel secret terrible les habitants cachent-ils ? Qui y tue les touristes, et pourquoi ?
Hecatombaion, premier volet du dyptique Les Anges du Calvaire, est l’histoire d’un amour impossible mais aussi celui d’une humanité en danger, posant la question essentielle : qu’est-ce qu’être humain ? Jusqu’à quand le resterons-nous ? Ce roman est un vibrant plaidoyer pour la culture humaniste, à contre-courant des modes et des réformes.

https://www.amazon.fr/HECATOMBAION-Anges-Calvaire-C%C3%A9cile-Guignard-Vanuxem-ebook/dp/B01N5LIGWB/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1483427415&sr=1-1#reader_B01N5LIGWB

SEMPER RENATA (Les Anges du Calvaire t. 2)
Semper renata est la seconde partie du dyptique Les Anges du Calvaire. Grâce à un manuscrit du treizième siècle, les habitants du Calvaire vont remonter le temps jusqu’à la peste noire et encore au-delà. Ils vont découvrir que leurs grottes ont été le refuge de tous les maudits de l’Histoire, lépreux, marginaux de toutes les époques dont elles portent l’empreinte secrète. Et ils vont y retrouver leurs messages cachés.
Ce roman, comme le premier volet, Hecatombaion, se veut un contrepoison créatif à la disparition programmée de la culture classique.

https://www.amazon.fr/SEMPER-RENATA-Anges-Calvaire-t-ebook/dp/B01N0WXN5D/ref=sr_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1483427619&sr=1-2
 

 L’auteur, Cécile Guignard-Vanuxem, est professeur de philosophie. Elle a remporté le prix du roman historique Rosine Perrier en 1999 avec Vercingétorix, le défi des druides.
 
 

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